FORMATION À LA MISSION APOSTOLIQUE
29. Agir en communion.
La communion est l'œuvre apostolique première et fondamentale.
Que les apôtres soient préparés pour une mission partagée par d'autres travailleurs. Être solitaires sur ce terrain, c'est risquer l'échec.
Il est nécessaire de cultiver les dons reçus pour qu'ils se développent et se multiplient.
Mais il est indispensable de savoir mettre en commun des perspectives et des projets.
Une famille est telle quand elle réussit à vivre dans l'union et à s'organiser comme un tout. De la même façon nous avons été appelés ensemble et nous sommes envoyés ensemble.
Les différences et les originalités ne sont pas à supprimer. Elles sont plutôt à soutenir et à renforcer.
La dispersion des forces apostoliques et l'individualisme dans le bien affaiblit le témoignage évangélique et l'efficacité de l'action.
Dans la Famille salésienne travaillent ensemble des prêtres et des laïcs, des religieux et des consacrés, des hommes et des femmes, des jeunes et des adultes. Chacun doit apprendre à se reconnaître dans la multiplicité des relations, à les construire dans la fraternité et à donner de la place aux charismes des autres. Le bien des jeunes et des gens du peuple est au-dessus et au-delà du souci de la croissance et de l'image de chaque groupe.
30. Se former ensemble.
Un critère dans la vie salésienne est de faire des expériences le contenu de la formation.
Nous indiquons deux niveaux de formation ensemble, mais il y a beaucoup d'autres horizons possibles.
Un niveau théorique.
1 ° - Apprendre à penser ensemble, pour ne pas réduire la réalité à son point de vue personnel.
C'est-à-dire :
- Dépasser l'égoïsme et l'individualisme dans l'organisation de l'action ;
- Vaincre la peur de devoir se confronter et partager ;
- Regarder le bien des destinataires au lieu de sa réussite personnelle ;
- Se décentrer de soi pour se centrer sur les autres.
2° - S'organiser pour travailler ensemble.
C'est-à-dire :
- Les divers groupes de la Famille salésienne doivent assumer l'engagement de mettre en pratique ce qui est contenu dans cette Charte de la mission. Par conséquent :
- Se retrouver ensemble ;
- Considérer surtout le bien des jeunes, garçons et filles, et des gens ;
- Trouver, autant que possible, un terrain commun afin de rendre significative l'action éducative et apostolique.
Un niveau pratique.
Les indications qui suivent ne sont que des exemples. La vie est beaucoup plus riche.
La créativité elle aussi est un fruit précieux de la fidélité à don Bosco.
II est traditionnel en beaucoup d'endroits de vivre ensemble :
- des retraites spirituelles
- des camps - école
- des récollections spirituelles
- des écoles d'animateurs
- des écoles derrière apostolique
- des journées de réflexion ...
31. S'ouvrir aux contextes personnels et sociaux des jeunes.
La mission apostolique est dans la capacité d'arriver au cœur des personnes et à la substance de leur expérience quotidienne, en reconnaissant les besoins des différents contextes culturels et sociaux. « Aimez ce qu'aiment les jeunes, pour que les jeunes apprennent à aimer ce que nous aimons ! », répète encore aujourd'hui don Bosco.
L'amour ne peut jamais se considérer ni se vivre comme un moyen de capter la personne et l'attirer dans son monde à soi.
Il est, au contraire, la disposition exprimée par l'incarnation du Seigneur qui, par amour des réalités humaines, entre comme une force dynamique dans l'histoire des personnes et du monde, et les pousse vers leur accomplissement total.
Il est indispensable à l'apôtre de savoir s'adapter.
Se dépouiller de certains jugements et préjugés, dépasser ses sensibilités personnelles pour accueillir tous les autres, partager les problèmes, les points de vue et les attentes des jeunes et des gens, c'est réaliser l' inculturation que l'Eglise requiert aujourd'hui de tous les missionnaires.
32. Apprendre une méthode de collaboration.
L'activité éducatrice et apostolique a des lois internes à respecter, surtout lorsque sont nombreux ceux qui sont appelés à intervenir.
Apprendre ces lois dans la pratique fait essentiellement partie du temps de formation des membres des différents groupes.
La première loi est la coordination.
La convergence des forces en vue d'un objectif concret n'est jamais un fait automatique. Elle exige d'être prévue et programmée. Pour une coordination efficace chacun doit connaître exactement :
- le problème à résoudre,
- les possibilités concrètes qu'on a pour une intervention de qualité,
- la volonté de donner et de recevoir.
La seconde loi est la réciprocité.
Donner et recevoir ne sont pas à lire à sens unique, comme si certains n'étaient appelés qu'à donner toujours et d'autres, qu'à recevoir. La réciprocité, c'est :
- l'accueil du don de l'autre,
- la reconnaissance de la valeur de l'autre,
- la collaboration offerte avec compétence.
La troisième loi est la responsabilité partagée.
La conséquence des deux lois précédentes est donnée par la capacité d'assumer une responsabilité première et de l'accomplir.
Assumer une responsabilité apostolique n'est jamais une forme de domination.
C'est toujours un service à rendre au Règne de Dieu.
C'est reconnaître la responsabilité de l'autre, en donnant à tous la possibilité de participer de
façon active à la réalisation du dessein commun.
33. Un rôle spécifique du prêtre formateur.
Le Concile Vatican II présente les prêtres comme des guides et des éducateurs du peuple de Dieu. Il écrit : « Des cérémonies, même très belles, des groupements, même florissants, n 'auront guère d'utilité s'ils ne servent pas à éduquer les hommes et à leur faire atteindre la maturité chrétienne »7 .
Et il justifie son affirmation : « Comme éducateurs de la foi, les prêtres ont à veiller par eux-mêmes ou par d'autres, à ce que chaque chrétien parvienne, dans le Saint-Esprit, à l'épanouissement de sa vocation personnelle selon l'Evangile, à une charité sincère et active et à la liberté par laquelle le «Christ nous a libérés » .8
Le prêtre salésien est appelé ainsi à ses responsabilités les plus significatives sur le terrain de la formation.
La Parole de Dieu, les sacrements et en particulier l'Eucharistie, le service de l'unité et de la charité représentent le trésor le plus grand de l'Eglise.
En paraphrasant une parole conciliaire, il est permis d'affirmer qu'il n'est possible de former spirituellement une Famille apostolique qu'en assumant comme racine et comme centre la
célébration de l'Eucharistie, point de départ de toute éducation qui tend à former l'esprit de famille 9.
Les groupes de la Famille salésienne ont toujours souligné cette exigence de la formation et la proposent une fois de plus par ce document.
7 Presbyterorum Ordin'is, n° 6.
8"Ib.
9 Se référer au texte du Concile Presbyterorum Ordinis, toujours au n° 6.