Archives de catégorie : Réflexion

Accompagner

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Si je veux réussir à accompagner un être vers un but précis,
je dois le chercher là où il est et commencer là, justement là.

Celui qui ne sait faire cela se trompe lui-même

quand il pense pouvoir aider les autres.

Pour aider un être, je dois certainement comprendre plus que lui

mais d’abord comprendre ce qu’il comprend.

Si je n’y parviens pas,

il ne sert à rien que je sois plus capable et plus savant que lui.

Si je désire avant tout montrer ce que je sais

c’est parce que je suis orgueilleux et cherche à être admiré de l’autre
plutôt que l’aider.

Tout soutien commence avec humilité
devant celui que je veux accompagner;

et c’est pourquoi je dois comprendre qu’aider
n’est pas vouloir maîtriser mais vouloir servir.
Si je n’y arrive pas, je ne puis aider l’autre.

Søren Kierkegaard, philosophe danois (1813-1855)

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Métamorphoses

 

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Dans « Les âges de la vie », j’ai tenté de montrer
ces métamorphoses de l’être au cours de la vie.
Il est évident que tout cela ne vaut
que si l’on a appris en cours d’existence, à mourir.

Et ces occasions nous sont données si souvent;
toutes les crises, les séparations, et les maladies,
et toutes les formes, tout, tout, tout, tout
nous invite à apprendre et à laisser derrière nous.

La mort ne nous enlèvera
que ce que nous avons voulu posséder.
Elle n’a pas de prise sur le reste.
Et c’est dans ce dépouillement progressif
que se crée une liberté immense et un espace agrandi,
exactement ce qu’on n’avait pas soupçonné.

Moi j’ai une confiance immense dans le vieillissement,
parce que je dois à cette acceptation de vieillir
une ouverture qui est insoupçonnable
quand on n’a pas l’audace d’y rentrer.

Christiane Singer

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Eveil

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Si vous vous accrochez à la nature, à ce qu’il y a de simple en elle, de petit, à quoi presque personne ne prend garde, qui, tout à coup, devient l’infiniment grand, l’incommensurable, si vous étendez votre amour à tout ce qui est, si très humblement vous cherchez à gagner en serviteur la confiance de ce qui semble misérable, alors tout vous deviendra plus facile, vous semblera plus harmonieux et, pour ainsi dire plus conciliant. Votre entendement restera peut-être en arrière, étonné: mais votre conscience la plus profonde s’éveillera et saura.

Rainer-Maria Rilke, Lettres à un jeune poète
(coll. Poésie/Gallimard, 1993) Excellente journée ! »

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Nos chemins d’Emmaüs

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Combien de fois avons-nous croisé le Christ sans le voir, sans l’entendre, parce que nous avons parlé avant d’écouter ?

Relisons rapidement le merveilleux récit des pèlerins d’Emmaüs. Le Christ ne s’impose pas aux marcheurs. Il ne dit pas « réjouissez-vous, c’est moi, le Seigneur ressuscité ». Il marche avec eux, les interroge : « Quels sont donc ces propos que vous échangez en marchant ? », et eux racontent leur vie, leurs espoirs déçus, leur abattement.

Celui en qui ils avaient cru est mort sur la croix comme un malfaiteur… Là, il pourrait de nouveau dire
« regardez, c’est moi ». Mais non, il entre dans le dialogue, raconte pour eux l’Écriture. Et lorsqu’il arrive au village, ils le retiennent : « Reste avec nous, car le soir tombe… »

Et il accepte l’invitation, sous leur toit, à leur table. Le partage de la parole devient le partage du pain. Il vient enfin le happy end que nous lecteurs nous attendons, en retenant notre souffle : « Leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent… »

II n’est plus là, mais la joie demeure :
« Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin… »

Et il n’y a plus de nuit qui compte, car pour eux, la nuit n’est plus la nuit : « À cette heure même, ils partirent et retournèrent à Jérusalem. » Et ils partagent ce qu’ils ont vu.

Remarquons que le Christ ne leur a rien demandé, ne les pas envoyés, mais ils ne peuvent pas se taire. Ils courent vers Jérusalem, la joie leur donne des ailes. Quand on les imagine ainsi, viennent les mots du prophète Isaïe qui semblent écrits pour eux : « Qu’ils sont beaux, sur les montagnes, les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles qui annonce le salut… »

Spontanément, dans cette histoire, nous nous identifions au Christ, nous pensons que nous devons faire comme le Christ, « cheminer » avec l’humanité, l’écouter, l’entendre. Mais il nous faut songer que nous sommes aussi les marcheurs d’Emmaüs.

Ceux que nous rencontrons sur la route ne sont peut-être pas ceux à qui nous avons quelque chose à dire, mais ceux qui, en figure du Christ, nous disent, nous révèlent ce qui est précieux, nécessaire, indispensable. Combien de fois avons-nous croisé le Christ sans le voir, sans l’entendre, parce que nous avions quelque chose à dire, parce que nous avons parlé avant d’écouter ?

Anne Soupa et Christine Pedotti,
« Les Pieds dans le bénitier », p. 217

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Le Bon Pasteur ? plus

Humanisation

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L’Homme n’est pas. L’Homme est à faire.
« Nous sommes des commencements d’homme« 
nous dit saint Jacques (Jc 1,18).
Nous sommes des ébauches d’Homme.
Dieu ne crée pas l’Homme tout-fait,
Dieu a horreur du tout-fait.
Dieu crée l’Homme capable de se créer lui-même.

Notre tâche humaine est de créer l’Homme,
c’est-à-dire de faire que l’Homme soit.
Quel est celui qui oserait se lever pour dire :
moi, je suis un Homme ? …
Il y a des choses qui sont toutes faites
mais l’Homme n’est pas une chose.
L’Homme est à faire.

Nos relations et nos institutions
doivent devenir véritablement humaines,
elles sont en cours d’humanisation.
Nous sommes en devenir,
ce sont nos décisions qui contribuent à faire
que nous soyons des Hommes.
Et nos décisions ne sont vraiment humaines
que si elles sont humanisantes.

Notre humanité passe par l’humanité des autres,
notre liberté passe par la libération des autres.
On ne devient pas tout seul un Homme libre,
On devient soi-même un Homme libre
quand on travaille à libérer ses frères.
On devient plus « Homme »
en travaillant à ce que le monde soit plus humain.

Ces décisions humanisantes,
il est rare qu’elles ne soient pas des sacrifices,
des morts à l’égoïsme,
on ne peut pas à la fois se donner et se garder pour soi.
Tout le monde sait par expérience
qu’il n’y a pas de vie humaine humanisante authentique 
sans sacrifice.

François Varillon

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Être don

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Il ne s’agit pas de se défendre contre des forces hostiles que l’on n’arrive pas à apprivoiser, il ne s’agit pas d’impuissance et d’ignorance, il s’agit de plénitude de la vie ; il s’agit de la joie infinie, il s’agit d’une liberté enfin reconnue, celle qui fait justement de notre puissance de choisir le pouvoir de nous donner, de tout donner en nous donnant.

Combien de philosophes ont peiné pour définir la liberté, pour la concilier avec déterminisme, et il n’y en a peut-être pas un qui ait compris que le sens de la liberté, c’était justement de faire de nous-même un don.

Mais un don à qui, sinon à une générosité qui s’annonce comme telle au plus profond de nous ?

Maurice Zundel,
À l’écoute du silence

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On a essayé par la violence, Il a continué avec l’amour

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On a essayé par la violence,
Il a continué avec l’amour.
On a essayé par les crachats,
il a continué dans le silence.
On a essayé par le mensonge,
il a continué dans la transparence.
On a essayé par les coups,
on a essayé par les pièges,
il a continué.
On a essayé par l’envie d’abandonner
qui s’empare de chacun lorsque vient la panique
devant l’inutilité de toute action,
il a continué dans la confiance en la volonté du Père.
On a essayé par le ridicule, il a continué dans la dignité,
avec le manteau rouge sur l’épaule, comme les fous.
On a essayé par les clous, il a continué avec le pardon.
On a essayé par la solitude de l’extrême angoisse des condamnés,
il a continué en se remettant entre les mains du Père.
Alors, on a essayé par la mort,
car la mort, c’est connu, est la solution finale;
personne ne peut aller au-delà, car la mort, c’est connu,
est l’ultime puissance, l’obstacle dernier sur lequel chacun trébuche,
même le plus grand, même le plus saint,
même le Fils, fût-il le Bien-Aimé de Dieu.
Mais il a continué !
Animé par l’Amour du Père,
il est entré dans la mort
comme on entre dans un obstacle qui verrouille le passage !
Il a été brisé, éclaté, son corps et son esprit ont été déchirés.
Mais il a continué et il est passé : le Père l’a maintenu debout !
C’est fait à jamais, la mort est définitivement entamée
et l’entaille ira s’agrandissant,
car désormais la mort a perdu son pouvoir.
Pour l’éternité, le passage est dégagé :
c’est Pâques pour toujours.
Ainsi soit-il. 

Père Charles Singer

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Espérance ?

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Vous avez dit « Espérance » ? 

Quand le monde qui nous entoure nous fait peur,
l’espérance chrétienne ne nous dit pas
de rester là à pleurnicher parce que tout va mal,
ni de sourire bêtement parce que tout irait bien.

Elle ne nous invite pas à attendre
que Dieu détruise ce monde-là
pour en construire un autre ;
elle nous pose une question très simple :
comment faire de tout cela
une occasion d’aimer davantage ?

Adrien Candiard

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« Bienheureux les pauvres en esprit ! »

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« Avoir une âme de pauvre c’est être dépossédé de soi, donc se laisser mettre en question par l’autre.»

Il ne s’agit évidemment pas de traduire les pauvres d’esprit !   « En esprit » veut dire : à la racine même, au cœur de l’être. La pauvreté en esprit est intérieure à l’amour.

L’amour sans pauvreté n’est pas l’amour (ceci est inintelligible si vous n’en faites pas l’expérience !). C’est pourquoi Dieu même est pauvre : il est étranger à l’avoir (Dieu n’a rien), car son mode d’exister c’est d’aimer.

Avoir une âme de pauvre (au sens où l’on parle de l’âme d’un violon : c’est sans doute la meilleure traduction de « pauvre en esprit »), c’est être dépossédé de soi, donc se laisser mettre en question par l’autre d’une part, et, d’autre part, se fier à lui pour son bonheur à soi.
Les deux phrases qui définissent le pauvre sont celles-ci : « Je te fais crédit » (Credo) – c’est la foi – et « je te charge de ma béatitude » – c’est l’espérance.

Appuyé sur la foi et sur l’espérance, le pauvre vit dans la charité : il peut servir, se mettre au service de l’autre et des autres, car il est désentravé.

La béatitude de pauvreté domine tout l’Évangile.

D’un bout à l’autre de la Bible, le pauvre de Yahvé est le serviteur de Yahvé : il est donc dans le Royaume : heureux ceux qui ont une âme de pauvre, car le Royaume des cieux est à eux. Etes-vous entrés dans cette expérience, dans ce style, dans ce type d’existence ?  Si oui, le Royaume est à vous.

Pour les autres, Jésus vous invite : si vous dites oui, le Royaume deviendra vôtre, c’est-à-dire la relation d’intimité avec Dieu.

La béatitude de pauvreté domine tout l’Évangile. Elle serait impensable si Dieu lui-même n’était pas pauvre, c’est-à-dire absolument étranger à l’avoir : Dieu n’a rien, il est tout. Celui qui est tout n’a rien. Et ce tout qu’il est, est un tout donné, il n’est qu’Amour.

François Varillon, extraits de ses conférences
cf « Joie de croire, joie de vivre », p. 58

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Repartir

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Repartir, ce n’est surtout pas revenir sur ses pas,
Repartir, ce n’est pas faire marche arrière.
Ce n’est pas revenir à son point de départ.
Repartir, ce n’est pas faire demi-tour
en effaçant les traces de ses propres pas.

Jamais tu ne repars comme tu es arrivé.
Jamais tu ne reviens comme tu es parti.
Jamais tu ne rentres comme tu es sorti.

Le voyage te change
Le voyage n’a pas été seulement
celui des kilomètres et des semaines.
Celui qui repart se remet en cause,
il se remet en histoire et en route.
Il renonce à rentrer dans ses pantoufles et ses habitudes.

Repartir, c’est affirmer que l’avenir existe, puisqu’on y va.
C’est croire qu’il existe un possible, puisqu’on y part.
Repartir, c’est prouver que tout n’a pas été dit.
Repartir, c’est croire qu’il existe encore un chemin, il est celui du cœur.

Repartir, ce n’est pas rapporter des souvenirs, mais des projets.
Repartir, ce n’est pas retrouver ses habitudes
et remettre les choses à leur place.
Repartir, ce n’est pas déclarer que tout est fini
et qu’il ne reste plus que des nostalgies.
Repartir, c’est, au contraire, vouloir que tout commence.

Celui qui repart a le cœur neuf.Celui qui repart suit le chemin d’un nouveau regard.
Celui qui repart ne sera plus jamais comme avant.
Celui qui repart se remet en mouvement.

Père Jean Debruynne

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