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Existe-t-il à l'origine une voie laïque du charisme salésien? René Dassy
C'est de cette façon que je comprends la question posée aux coopérateurs sur le 'charisme salésien' aux origines de notre Association.
Dans l'esprit et le coeur de Don Bosco, la vision de la mission des laïcs salésiens, ses coopérateurs, est relativement claire, ferme, ambitieuse et prophétique. Mais il n'est pas possible de comprendre la modernité et l'actualité de ce que Don Bosco lui-même appelle une utopie, sans refaire un peu l'histoire de notre Association. A l'aide de quelques dates qui serviront de repères, je distinguerai cinq grandes périodes dans la vie de notre Association.
1841 - 1888 : Les coopérateurs - selon la volonté et la vision de Don Bosco 1888 - 1934 : Les coopérateurs - associés 1934 - 1958 ; Les coopérateurs - bienfaiteurs 1958 - 1986 : Les coopérateurs - conciliaires 1986 - 2.. .. : Les coopérateurs - partenaires Mes sources sont essentiellement : - Notre Règlement de Vie Apostolique , promulgué en 1986, et ses annexes - Histoire des Coopérateurs, par Joseph Aubry SDB, Editions Don Bosco , Caen - Les Actes du XX° Chapitre Général Spécial des SDB (1972) 1841 - 1888 : Les coopérateurs voulus par Don Bosco Les coopérateurs et les coopératrices sont des salésiens à part entière, constitués en Association par Don Bosco lui-même. Cette affirmation sereine et évidente est superbement illustrée par le fait historique et émouvant suivant : Sur le parchemin qui fut placé dans un tube en verre aux pieds du cadavre de Don Bosco, au moment de la fermeture du cercueil, le jeudi 2 février 1888, il était écrit : « ...ce cercueil contient la dépouille mortelle du prêtre Don Giovanni Bosco, fondateur de la Congrégation de St François de Sales, des filles de Marie Auxiliatrice et des Coopérateurs et Coopératrices Salésiennes... ». Ce geste ne faisait qu'illustrer la démarche incessante de Don Bosco pour s'entourer de toutes les bonnes volontés , structurées pour le service des jeunes des milieux pauvres. . L'aventure des coopérateurs « remonte à 1841 quand on a commencé à recueillir les garçons à l'abandon dans la ville de Turin » dira Don Bosco en 1877
Aujoud'hui, on parlerait de 'famille salésienne ", faite de nombreuses personnes issues de divers milieux et de diverses professions, avec des capacités de service variées , s'unissant pour collaborer au même idéal salésien , chacun selon sa vocation propre et son état de vie.
De 1859 à 1874, les historiens notent les efforts de Don Bosco pour ne faire qu'une seule Congrégation comprenant ses 'religieux' vivant en communauté et ses collaborateurs 'externes', les coopérateurs . En vain, car les temps ne sont pas mûrs, les esprits ne sont pas préparés, et la curie veille ! C'est en 1876 que paraît notre première règle écrite par Don Bosco, proposant un chemin de sainteté « dans la vie active , en faveur de la jeunesse en danger ». A noter ici, que c'est le pape Pie IX (qui sera béatifié le 12 juin 2000) en personne qui invite Don Bosco à y intégrer les femmes , sans attendre de fonder quelque chose de spécifique pour elles, sous l'égide des soeurs salésiennes fondées en 1872 !
Jusqu'à sa mort. Don Bosco veillera lui-même sur la vie de notre association - en essayant de convaincre ses religieux de notre importance : « ...vous verrez que notre Pieuse Société trouvera là son soutien », - en publiant le Bulletin Salésien(1877) comme organe d'union, d'information et d'émulation, - en instituant les Conférences Annuelles(1878).
En 1880, les coopérateurs seront 30000 en raison de l'expansion mondiale des oeuvres salésiennes. Vers la fin de sa vie. Don Bosco apercevra ce que représentent les coopérateurs pour l'avenir de l'Eglise . Depuis quelques années dans la Famille Salésienne. on remet à l'honneur des textes dans lesquels Don Bosco exprime des idées prophétiques concernant le laïcat salésien. Celle-ci notamment, datant de 1884 , et rapportée par Don Lemoyne : « Le vrai but direct des Coopérateurs n'est pas d'aider les salésiens, mais de fournir une aide à l'Eglise, aux évêques, aux curés sous la haute direction des salésiens, pour des oeuvres telles que le catéchisme. l'éducation des enfants pauvres, et choses semblables...Nous ne devons pas être jaloux de nos coopérateurs, car ils sont chose du diocèse... » A la mort de Don Bosco, en 1888, les coopérateurs seront 80.000 et les bases de notre association sont posées. Notre 'fondateur' a posé les 'fondations' de l'édifice.
1888 - 1934 : Les coopérateurs - associés
Les successeurs immédiats de Don Bosco : Michel Rua et Don Rinaldi ont structuré l'animation de l'association. A cette époque, les évêques locaux soutenaient les prêtres -coopérateurs chargés d'animer l'action des Coopérateurs dans chaque diocèse. Don Rua publiera , en 1893, à leur intention un 'Manuel théorique et pratique à l'usage des responsables de la Pieuse Union' , ainsi qu'un 'Manuel des Coopérateurs salésiens' en 1905.
C'est l'époque des grands 'Congrès Internationaux des Coopérateurs', depuis le premier à Bologne en 1895. jusqu' en 1930, en Italie et en Amérique du Sud..
A Bologne, par exemple, les thèmes de discussion repris dans les actes du congrès témoignent de la grande vitalité des coopérateurs dans les domaines salésiens, sociaux et ecclésiaux : - le système éducatif de Don Bosco - le catéchisme et le patronage des dimanches - l'enseignement religieux dans les écoles - les écoles primaires et secondaires - les internats et foyers - l'éducation des filles - l'éducation et le placement des apprentis et des jeunes ouvriers - les associations déjeunes - les colonies agricoles - la protection des émigrés - la presse populaire - la presse scolaire
L'action zélée des coopérateurs, sous la direction des prêtres , ne se démentira pas au fil des années et ils surferont sur la vague porteuse des congrégations salésiennes (SDB.FMA) .qui connaissent jusqu'aux années cinquante un essor considérable, essor soutenu spirituellement par la canonisation de Don Bosco en 1934 .Cet événement grandiose confirma la pertinence et l'efficacité de l'action salésienne dans le monde .
1934 - 1958 : Les coopérateurs - bienfaiteurs
Deux phénomènes significatifs caractérisent cette période qui va de la canonisation de Don Bosco jusqu'aux portes du Concile de Vatican II.
1) Relâchement des liens 'familiaux' entre religieux et coopérateurs. En caricaturant, on peut dire que les congrégations religieuses connaissent une telle expansion et disposent de tels moyens humains (exprimés en nombre de vocations ) que les laïcs coopérateurs vivent dans l'ombre, au service des oeuvres salésiennes. Cela se note encore par la distribution automatique des diplômes de coopérateurs aux personnes généreuses qui soutiennent de leurs deniers les réalisations (grandioses il est vrai) des religieux et religieuses.
2) Essor de l'apostolat des laïcs Ces mêmes 'bienfaiteurs' sont par ailleurs, avec d'autres, engagés dans l'apostolat des laïcs qui est encouragé par les papes. Le 12 septembre 1952, le pape Pie XII, s'adressant aux coopérateurs réunis en congrès à Castelgandolfo pour fêter le 75° anniversaire de leur règlement, dira : « Vous êtes les auxiliaires très efficaces de la providentielle action catholique. »
Le père Ricceri , recteur majeur, prendra maintes initiatives pour promouvoir la formation salésienne des coopérateurs et pour qu'ils prennent eux-mêmes en charge leur organisation. De cette manière, on peut dire que les coopérateurs 'faisaient de l'action catholique" , avec un soutien spirituel des religieux et des religieuses, en privilégiant les jeunes des classes laborieuses. Le concile allait permettre aux coopérateurs d'approfondir la spécificité de leur apostolat, et de préciser leur identité salésienne.
Un signe avant-coureur de cette prise de conscience se trouve dans le 17° chapitre général des SDB en 1958 , quand il fustige « la déplorable équivoque et confusion entre coopérateur et bienfaiteur ».
1958 - 1986 : Les coopérateurs - conciliaires
Le concile fut à la fois l'aboutissement d'une grande effervescence théologique, liturgique, exégétique, patristique, oecuménique, biblique, apostolique ... et le point de départ d'une profonde ouverture au monde moderne. La réflexion de l'Eglise sur son identité de peuple de Dieu et sur sa responsabilité missionnaire constitue une opportunité pour le laïcat d'approfondir son être et son action. L'assimilation des idées du concile se manifesta chez les salésiens dans les actes du X1X° chapitre en 1965 , et surtout du XX° chapitre général spécial en 1972. Cela déboucha sur de merveilleux textes sur la Famille Salésienne et sur les coopérateurs.
C'est comme si l'on redécouvrait notre salésianité commune, qui est en deçà de nos états de vie respectifs, comme aux premiers temps du Valdocco. « Les salésiens ne peuvent repenser en toute vérité leur vocation dans l'Eglise sans se référer à ceux qui sont avec eux les porteurs de la volonté du fondateur. Ils ont donc à rechercher comment réaliser une meilleure unité de tous, dans le respect de l'authentique diversité de chacun.
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