<< A toi je les confie >>
de génération en génération


Marie-Dominique Mazzarello
(9 mai 1837-13 mai 1881)


Sœur Geneviève

II est important de nous resituer dans l'histoire, faire mémoire d'un Dieu présent, d'un Dieu qui se communique dans l'histoire d'Israël, dans l'histoire de Don Bosco, de Marie-Dominique, dans notre histoire.  Faire mémoire pour apprendre là "le secret de la fécondité"1. Devenir "mémoire du futur" 2. C'est le chemin entrepris par les Actes du XXe chapitre, mais c'est aussi notre chemin de croissance.

1 . UNE EXPERIENCE QUI FORME UN REGARD

Pour découvrir Marie-Dominique et sa spiritualité, il faut retourner au terreau qui l'a façonnée. La vie, nous la recevons. Toutes et tous nous avons été façonnés, modelés par notre milieu de vie, par l'époque, par les relations avec notre famille...
Il est donc opportun de situer Sainte Marie-Dominique dans son contexte historique, géographique et religieux précis pour pouvoir mieux saisir sa spiritualité, sa réponse à Dieu. Je ne vais le faire que très brièvement.

1.1. MORNESE

Mornèse est un milieu rural, relativement isolé qui vit de manière indirecte pourrait-on dire les événements historiques et ecclésiaux du 19ème siècle. Marie-Dominique a vécu une existence brève -44 ans-, Née le 9 mai 1837-décédée le 13 mai 1881. Existence pauvre d'un point de vue historique, simple :elle a mené la vie d'une "fille des champs"
L'ambiance mornésienne

L'ambiance mornésienne est celle des campagnes du Montferrat, celle des gens de la terre qui regardent la vie avec réalisme, croient à la valeur de la vie honnête, du travail, du sacrifice imposé par une terre rude et forte. Mornèse est un petit centre agricole, avec peu de moyens de communication où vivent 1250 habitants. La plupart des Mornésiens vivent de la terre et pour eux la religion fait partie intégrante de la vie.

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1. Actes du XXe Chapitre Général des Filles de Marie Auxiliatrice, "A toi. je les confie" de génération en génération, Rome,                   18 septembre-15 novembre 1996, p. 152. idem p. 15
3. ELOI LECLERC, Chemin de contempIarion.Desclée: de Brouwer,1995, p. 16


1. 2. LE TERREAU FAMILIAL

Aux Mazzarelli, Marie-Dominique vit ses premières aimées dans un contexte familial ouvert et pluriel. Les maisons du hameau favorisent un rapport inter- personnel entre parents. Rapport serein, sans grosses difficultés économiques ou morales. Un milieu qui respire le travail rude, sacrifié, mais où, selon la tradition paysanne, dans la simplicité et la pauvreté des moyens, on se préoccupe de l'éducation des enfants.

Dans un tel contexte, riche de rapports inter- personnels entre adultes - jeunes - enfants, contexte riche de rapports simples et sains, les conflits tout comme l'harmonie assument une valeur éducative.

1.2.1.. La maman

Maddalena Calcagno était une mère de famille accomplie, au tempérament vif, très gai, sachant plaisanter, remplissant la maison de joie. Maïn grandira très proche d'elle, l'aidant dès son plus jeune âge aux soins de la maison et de la famille, en tant qu'aînée. Maïn sait s'y prendre avec elle, elle la "roule", ce qu'elle ne fera sûrement pas avec son père. (Voir Annales 1, p 39-40.) Marie - Dominique dit à Pétronille (Annales I, p 42) :

"Maman, avec beaucoup de paroles, n'obtenait presque rien; papa parlait très peu et tous lui obéissaient". La moindre incidence éducative de la maman sur Marie- Dominique est due aussi à sa façon d'intervenir. En revenant des fonctions religieuses, elle obligeait Marie-Dominique à répéter ce qu'elle avait entendu pendant le sermon. Annales I, p 31 : "Et si l'enfant n'avait pas bien compris, elle lui répétait longuement ce qui pouvait la concerner, et avec tant d'applications personnelles qu'elle finissait par lui faire perdre la ferveur et même le désir de le pratiquer".

1.2.2. Le papa

Le père, quant à lui, eut une influence profonde, incisive sur la personnalité de Marie-Dominique. Beaucoup de témoins sont d'accord pour le dire. C'était un homme riche de nature, à la foi robuste et à la conduite honnête et limpide. Un paysan de Mornèse, son contemporain, dit de lui : "c'était un saint homme, il allait à communion tous les dimanches" (rare en cette période de jansénisme). "C'était un homme d'un bon jugement"", préoccupé personnellement de l'éducation de ses enfants.

Marie-Dominique elle-même reconnaît le poids qu'a eu son père dans son éducation : "elle disait qu'elle devait aux attentions de son père si il y avait quelque chose de bon en elle "³ ou encore : "Si je suis restée bonne, je le dois à mon père, lui qui n'a jamais consenti à mes petites volontés si elles n'étaient pas bonnes"'4 ou encore "La servante de Dieu plusieurs fois a dit que si, pendant sa première jeunesse, elle a pu rester une bonne chrétienne et fuir les dangers propres de cet âge, elle qui facilement inclinait à la vanité, elle devait cela à son père"5

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1 Déposition de Domenico Mazzarello, dans : Summ. 111
2 Cronistoria 142.
3 Déposition de Sr Caterina Daghero, dans : Summ.  362
4-5 Déposition de Sr Enrica Telesio, dans : Summ. 100 et 42


Avec lui, Marie-Dominique apprendra le travail des champs, développera sa capacité d'admiration, d'intuition, de contemplation et grandira dans les vertus de la religion.

Don Lemoyne, dans une conférence aux soeurs de Nizza à l'occasion du premier anniversaire de sa mort, dira : "La vertu de notre Mère, nous pouvons dire qu'elle était le fruit de l'éducation familiale" (Annales IV, p 138.)

Son père lui apprendra à lire pendant les longues soirées d'hiver. (Annales I, p 35.)
C'est aussi lui, comme nous l'avons déjà dit, qui lui apprendra le travail difficile des champs. (Annales I, p 42-45.)

Son père la prendra avec lui aux marchés, aux foires, mais en l'aidant à discerner ce qui s'y passe, en formant son regard de manière à ce qu'elle devienne plus libre pour choisir ce qui est bon.

Avant qu'elle ne puisse aller en paroisse, c'est son père qui lui fera le catéchisme (Annales I, p 32). Rappelons-nous la question qu'elle pose à son père : "Que faisait Dieu avant la création ?" et la réponse ; "II se contemplait lui-même, s'aimait et s'adorait"

De plus en plus grandit en elle le goût de la vérité, de connaître plus à fond. Son père l'aide dans cette recherche. Mais surtout il la guide dans la vérité avec elle- Son papa la freine dans sa passion pour le travail des champs en l'orientant vers l'auto- discipline et en lui enseignant le sens authentique du travail humain.

"Marie-Dominique allait, venait, réfléchissait, jugeait, riait..." mais en tout elle était guidée par son père dans le contact avec la réalité de chaque jour - maison - campagne - personnes - fêtes... "Et de ces lieux ou d'autres avaient trouvé la tentation ou la chute, elle revenait plus ouverte, plus spontanée, plus circonspecte et plus forte," (Annales I, p 43) Voilà déjà en germe l'assistance, la pédagogie salésienne de l' accompagnement.  Le papa fut pour elle un guide sûr; nous le voyons encore quand elle entend qu'une jeune fille a été faire sa confession générale. Marie a peur d'être dépassée en vertu par d'autres; pour ne pas devoir se confesser elle aussi (elle n'aimait pas cela), elle essaye de trouver une solution. Elle en parle à son père qui lui dit : "La confession générale est nécessaire pour certains, indifférente pour d'autres et, pour d'autres encore, nuisible.... Très bien, pensa Marie, elle peut m'être nuisible." (Annales 1 p 51). Le jour habituel de la confession, Marie prendra pour prétexte que la confession générale peut lui être nuisible afin de ne pas devoir la faire. Et Don Pestarino lui dit : "oui, elle est nuisible pour certains; pour toi elle est nécessaire. fais-la." (Annales 1 p 51).

"Son père (...) la formait (...), en réfrénant cette nature impétueuse mais riche en possibilités pour l'amener à une vertu capable de faire plus (...) tout en veillant à ce que rien ne vienne entacher la candeur de cette âme pure (...) 11 était donc naturel que, puisque son père éduquait son esprit et son sens pratique, la fillette, qui trouvait son aliment dans cet exercice, désirât rester avec lui au lieu de s'enfermer à la maison" (Annales I, p 43.)

On comprend dès lors que le papa a développé en elle des capacités intérieures qui seront très importantes pour sa future mission de formatrice. Marie, pourrait-on dire, devient ainsi le bras droit du papa sans pour autant négliger le travail domestique, en effet elle "eut un soin particulier de ses frères pour lesquels elle était comme une tendre maman"
1

Dans ce rapport éducatif entre le père et Marie-Dominique, ce qui ressort très fort, c'est :
la recherche continuelle de l'essentiel

la limpidité intérieure
l'humilité, le silence
la recherche patiente de la vérité plutôt que l'efficacité
la recherche de l'être plutôt que du paraître
l'inclination habituelle de l'âme à vivre en présence de Dieu.