Défis à relever pour les salésiens dans le présent
Père José Jeanmart


Vous me demandez quels sont les défis à relever pour les salésiens dans le présent :
Ils sont de plusieurs ordres

--> soit on regarde à l'intérieur de nous-mêmes : je relève quelques défis
* celui de travailler réellement au projet salésien en « Famille salésienne »
*celui de la présentation d'un système éducatif adapté au contexte contemporain
*celui de la reprise par des collaborateurs du système éducatif de Don Bosco et de l'animation de la réflexion pédagogique pour que cet esprit que beaucoup souhaite garder, anime encore longtemps les générations présentes et futures
*celui de la place de la communauté salésienne au sein des oeuvres
*celui de la qualité de la vie religieuse salésienne
* celui de l'engagement solidaire vers les pauvres


---> soit on regarde autour de nous et on peut se laisser interpeller par les questions qui se posent à nous car notre monde culturel, dans lequel nous baignons est en pleine mutation, le monde des valeurs se modifie. Je ne vais pas m'étendre sur ce dernier point ; mais toutefois je vous livre une réflexion que vous pourriez peut-être reprendre dans les carrefours :
* la poursuite ininterrompue et accélérée du changement dans le « mode de vie », la culture du monde qui nous entoure,
* l'érosion du monde chrétien environnant qui se manifeste
- par la réduction de l'influence de l'Eglise dans la vie sociale ,
- par la désaffection et l'indépendance affichée du public à l'égard de la religion,
- par la désagrégation de l'instruction de la formation chrétienne des adultes et surtout des jeunes
* la diminution significative des vocations sacerdotales et religieuses
* la diversité ou la pluralité des publics des jeunes dans leurs situations sociales, dans leurs idées et dans les influences dont ils sont dépendants, avec un fonds commun d'interrogation sur la question du « sens »
* la dualisation de la société et l'accroissement des pauvretés.

Comme il faut être raisonnable je vais reprendre ce qui est ad intra, càd ce qui nous concerne tout en sachant que nous vivons dans un monde qui nous interpelle par tout ce qu'il est et qui, de plus en plus, pose à chacun la question du sens de sa vie, du sens de son action, du sens de ses solidarités.

Je relève donc quelques défis qui tous nous obligent à retourner vers nos origines, à relire et méditer les événements fondateurs pour y déceler l'âme évangélique étemelle que nous avons à transplanter dans nos vies pour lui donner les couleurs qui parlent au coeur de nos contemporains.

1) Le défi de la « Famille Salésienne »

Jean Bosco, issu de la campagne, a regardé positivement le monde industriel qui naissait et l'expansion urbaine que cela provoquait avec les conséquences sociales inévitables d'un monde en naissance. Beaucoup ont eu peur de cette avancée humaine et en ont relevé les multiples lacunes ou faiblesses. Don Bosco - et c'est en cela pour moi qu'il est charismatique ou prophétique- a refusé ce chemin qui n'amène que désenchantement et désillusion. Il s'est attaqué aux problèmes et a cherché des solutions en priorité pour la jeunesse première victime souvent des bouleversement dans sa vie relationnelle, sociale, morale et spirituelle.

Pour cela il a voulu recueillir les jeunes abandonnés, leur offrir un lieu de rencontre (qui deviendra aussi un lieu de divertissement, chose essentielle pour les jeunes), leur donner une culture de base pour qu'ils ne soient pas désarmés devant les nouvelles réalités, et. enfin, leur donner la possibilité d'un travail. La base de tout sera la formation religieuse, préalable indispensable à l'acquisition de valeurs morales. Le Valdocco devient ainsi un lieu de passage et d' inculturation des jeunes qui d'une société rurale se transfèrent dans une société transformée par l'industrialisation : c'était la première rencontre de ces jeunes et pour beaucoup ce fut une rencontre - choc avec la modernité.

Dès le début, par la nouveauté de son travail, de ses objectifs. Don Bosco non seulement va intéresser beaucoup de monde, mais va susciter l'adhésion de laïcs et même des ecclésiastiques ; il attire vers son oeuvre des hommes et des femmes qui l'aident à faire le catéchisme, à mettre sur pied des écoles et des ateliers, à animer la cour de récréation, à placer les plus nécessiteux chez l'un ou l'autre patron.

Avec sa mère, Maman Marguerite, il crée une famille d'accueil qui sera le berceau de son « oeuvre ».

Don Bosco rêve de collaboration, la propose et s'emploie à la réaliser par diverses sollicitations.

Ceci est le fondement du projet de Don Bosco, c'est le projet de la « Famille Salésienne » dont, malheureusement, nous avions perdu la pertinence, mais dont, à présent, on ré exprime toute sa fécondité. Le P. Vecchi ne cesse de nous dire qu'il s'agit de faire naître une « communion familiale et éducative » et donc de créer la coopération, la solidarité et la communion. Il écrit en 1997 (ACS 358, p.4) : «La Famille Salésienne sera notre principal terrain d'action, tout comme, en d'autres moments, ce fut la communauté Salésienne ou les milieux d'éducation ».

Actuellement, dans la congrégation, on ne se lance dans de nouvelles oeuvres ou de nouvelles activités importantes que si on le fait en communion et en collaboration avec des membres de la famille salésienne : coopérateurs, volontaires de Don Bosco, amis de don Bosco

Jean Bosco a voulu cette relation et collaboration étroite de tous autour de ses objectifs pédagogiques et spirituels.

Aujourd'hui, nous éprouvons la nécessité de retrouver cette volonté de travailler ensemble localement pour faire face à la complexité des défis qui nous sont offerts. Je pense que le Centre spirituel de Famières est un lieu où se vit cette fécondité du travail de la Famille Salésienne associée dans un projet multiple et global.

2) Le défi de réexprimer en langage contemporain les propositions fondamentales de Don Bosco

Dés le Chapitre Général de 1978, Don Vigano, avait incité chacun à retourner au fondement de la dynamique salésienne : le projet de Don Bosco, (texte : WstLt : « Connaître Don Bosco pour en vivre » n° 2, décembre 97 p. 15 ».

Il a appelé à reformuler en langage contemporain le projet pédagogique Don Bosco.
Des salésiens se sont attelés à cette tâche : Michel Mouillard, Xavier Thévenot, Jean-Marie Petitclerc, Carlo Nannni, Jacques Schepens (un belge) ; des laïcs coopérateurs ont à leur tour analyser Don Bosco et ont voulu montrer la pertinence toujours actuelle de la pensée de Don Bosco : Guy Avanzini, Marie-Jo Thiel, Christian Gohy,…

Quelques idées forces de Jean-Marie Petitclerc qui a beaucoup travaillé avec des jeunes en grosse difficulté : il faut savoir réaffirmer la loi dans un relationnel entre l'éduquant et l' éduqué fort et équilibré. J'ose ici une digression avec une réflexion de Guy Gilbert que je trouve dans la croix du 2 mars 2000.

Petitclerc conclut toujours en rappelant des idées forces salésiennes :

II faut croire dans le jeune .... le défi de la confiance
II faut espérer avec le jeune et aider le jeune à utiliser tous les vecteurs de progrès dans
le sens d'un monde plus juste, plus fraternel, plus paisible
II faut aimer le jeune

Que nous disent les laïcs :

Guy Avanzini, professeur de la chaire d'éducation à Lyon, écrit en 1999 : Saint Jean Bosco énonce une conception de l'éducation dans laquelle l'intelligence se trouve à l'aise. Par sa représentation tripolaire et systémique - foi, raison, affection - il propose une formule originale et pertinente, parce qu'il a su discerner et oser énoncer le rôle de l'affection, perçue par l'enfant ou l'adolescent d'une manière qui lui donne ou lui redonne le goût de vivre et confiance en soi, en dynamisant assez sa personnalité, éventuellement déjà meurtrie, pour lui donner le courage de vouloir et de gérer son autonomie.

C'est seulement en suscitant une relation dans laquelle l'affection n'exclut pas la raison et ses exigences mais les comporte, et réciproquement, que l'adulte peut espérer une efficacité de son action sur l'enfant ou sur l'adolescent.

On valorise aujourd'hui la notion de médiation. N' est-il pas possible de lire la pensée de Don Bosco comme l'anticipation d'une pédagogique de la médiation ? C'est-à-dire d'une pratique qui met ou remet le sujet en relation avec la culture, avec la société, et plus encore avec Dieu. parce que d'abord, il le remet en relation avec lui-même, c'est-à-dire le réconcilie avec lui-même  Et comment un être humain blessé par la vie, pourrait-il se réconcilier avec lui-même. sinon par la médiation de celui chez qui il perçoit assez d'affection à son endroit pour trouver ou retrouver l'estime de soi ?

Marie-Jo Thiel, théologienne et moraliste, ayant une formation de médecin : elle parle des valeurs auxquelles l'éducation doit épanouir. Au fil des pages, elle se fonde sur l'évangile. Je reprends une de ses phrases :

« Eduquer, c'est s'adresser à toute la personne de l'autre pour le convier à se dresser, à laisser jaillir la vie qu'il porte en lui, à se lever et à marcher. L'invitation n'est, cependant, entendue que dans la confiance, et le jaillissement de la vie n'est efficace pour les articulations que, canalisé, régulé » (p. 25)

Elle rappelle surtout que la beauté vient de la qualité des modèles fournis par les éducateurs témoins attrayants d'un idéal de vie.