«...pour cheminer avec les hommes, (pour cheminer avec les jeunes), par une simple et aimable conversation ».
Se plaire au milieu des jeunes... Et puis, notez le terme " conversation ", les philosophes contemporains le remplacent volontiers par le terme " entretien ". Nous avons à entrer activement dans l'entretien social, avec ses dimensions interpersonnelles et ses dimensions institutionnelles.


Eh bien, nous avons des ailes pour voler en Dieu et des pieds pour cheminer avec les hommes et entrer dans une sainte et aimable conversation, pour prendre part à la citoyenneté, pour être de bons citoyens, dit Jean Bosco.  Vous lirez le reste, (Paragraphe page 11)

« Croyez moi, chère Philotée, la dévotion est la perfection de la charité. Si la charité est un lait, la dévotion en est la crème, si elle est une plante, la dévotion en est la fleur, si elle est une pierre précieuse, la dévotion en est l'éclat, si elle est un baume précieux, elle en est l'odeur et l'odeur de suavité qui conforte les hommes et réjouit les Anges ».

Alors, on va terminer notre méditation. Là encore François de Sales nous mène très loin, il nous mène à articuler la théonomie: s'ancrer profondément en Dieu et utiliser ses ailes; dans les petits efforts qu'on peut faire pour laisser l'Esprit nous mener, nous conduire, à des merveilles divines inimaginables. Il nous invite à avoir des pieds, mais tout ça est bien dur et gravir les vertus de l'échelle, c'est très, très dur dans la durée. Nous avons, beaucoup ici, un âge certain. Et nous avons tous fait l'expérience de notre péché, de nos pesanteurs, des blessures de notre vie, des échecs de notre vie consacrée ou de notre vie de laïc.
Eh bien, il y a un réalisme chez François de Sales, (que va reprendre Jean Bosco), qui va nous inciter à une douce insouciance, car quand on a compris qui est Dieu, à la fois on a une sorte d'intéressement un peu soucieux de l'avancée du Royaume, comme je le disais tout-à-l'heure, mais en son fond radical, on est insouciant. Rappelez-vous Matthieu 6: "Regardez les oiseaux du Ciel, ils ne se soucient point de quoi sera fait leur nid, ... car votre Père sait, mieux que vous, ce dont vous avez besoin". Regardons cette insouciance qui a des accents d'ailleurs tout-à-fait protestants. Voyez, François de Sales va aussi loin qu'il peut dans l'oecuménisme et là, il va très loin:

« De l'indifférence que nous devons pratiquer en ce qui regarde notre avancement dans les vertus ». (livre 9, page 5)  L'indifférence, l'indifférence salésienne, ce n'est pas le je m'enfoutisme. C'est une sorte de décontraction, sûr que Dieu veut notre bien et que je n'ai pas à me soucier d'abord de mes mérites et que je suis dans les mains de Dieu. Alors, voici ce qu'il dit:
« Dieu nous a ordonné de faire ce que nous pourrons pour acquérir les saintes vertus... »
Donc pas de quiestisme. Il faut se bagarrer dans la vie et il y a des combats évangéliques très durs, qui mènent parfois à un héroïsme, à des temps d'héroïsme très durs. Qui d'entre vous n'a pas dû passer des moments d'héroïsme pour rester fidèle?
« N'oublions donc rien pour bien réussir dans cette entreprise. Mais après que nous aurons planté et arrosé... (pensez à St Jean Bosco: il a planté et arrosé) ...alors, sachons que c'est à Dieu de donner l'accroissement - aux arbres de nos bonnes inclinations et habitudes. C'est pourquoi 9 faut attendre le fruit de nos désirs et travaux de sa divine Providence »
Don Bosco était tout à fait comme ça. Il se démenait jusqu'à l'usure totale pour planter et arroser, puis, à la fin il disait: "La Sainte Vierge et Dieu pourvoiront".
Alors ça continue:
« Que si nous ne sentons pas le progrès et avancement de nos esprits dans la vie menée selon la perfection de l'amour...
(Et combien de fois on peut se dire après 15, 20, 30 ans d'engagement chrétien, d'engagement religieux: "finalement, je n'ai pas beaucoup progressé, j'ai peut-être même régressé". Et bien
...si nous ne sentons pas le progrès, ne nous troublons point..

Le trouble, c'est le péché mortel de la spiritualité salésienne
...ne nous troublons point, demeurons en paix, que toujours la tranquillité règne dans nos cœurs. C'est certes à nous de bien cultiver nos âmes et partant il y faut fidèlement vaquer...
Pas de quiétisme
...mais quant à l'abondance de la moisson, laissons-en le soin à notre Seigneur. Le laboureur ne sera jamais tancé s'il n'a pas belle cueillette, mais s'il n'a pas bien labouré et ensemencé ses terres ».
Voilà la phrase clé qui est vraie pour chacun et chacune d'entre nous:
« Ne nous inquiétons pas pour voir toujours novices en l'exercice des vertus; car au monastère de la vie menée selon la perfection de l'amour, chacun s'estime toujours novice et toute la vie y est destinée à la probation ».
Un quart d'heure avant notre mort, nous serons encore novices. Savoir que nous sommes novices et que, malgré tout, Dieu est là, riche en miséricorde.  Le texte va encore plus loin. Je n'ai pas le temps d'analyser complètement.

Le texte va encore plus loin parce qu'il est si réaliste qu'il constate qu'il est bien des hommes et des femmes laïcs, religieux ou religieuses qui ont des défauts dont ils sont incapables depuis 10, 15, 20, 30 ans, incapables de se départir: un tel est alcoolique, un tel a des difficultés sexuelles, une telle est colérique, tel couple a des difficultés conjugales irrésistibles, telle personne ne cesse de médire... Bref, chacun de nous a un défaut dominant, comme on disait autrefois, a une véritable rébellion de l'appétit, des tendances, de l'appétit, comme disaient les scolastiques
II y avait deux formes de l'appétit: sensuel et intellectuel. Et dans l'appétit sensuel, il y en a deux grands dans la tradition, c'est l'appétit colérique, la mauvaise gestion de l'agressivité et l'appétit de la convoitise, une mauvaise gestion du désir. Eh bien regardez ce magnifique paragraphe qui est si consolant:
«       Ces rébellions de l'appétit sensuel, tant en la colère qu'en la convoitise,...
(On dirait en termes modernes: "ces mauvaises gestions de l'agressivité et du désir"),
.. .sont laissées en nous par Dieu pour notre exercice, afin que nous pratiquions la vaillance spirituelle en leur résistant ». (page 7, le deuxième paragraphe avant la fin.)

Et alors là, l'image salésienne typique de la pédagogie salésienne, c'est le Philistin. - Vous savez tous que dans la bible il y a des Philistins et qu'on ne cesse de battre les Philistins, que les Hébreux et les Philistins, ça dure pendant des décennies et des décennies de guerre. - Eh bien, nous avons tous en nous, sans exception, un Philistin. II est très important de savoir le nommer, tranquillement, avec lucidité. Eh bien, ce Philistin, c'est cette rébellion de l'appétit en nous. Il est laissé afin que nous pratiquions la vaillance spirituelle.
« C'est le Philistin que les vrais Israélites doivent toujours combattre, sans que jamais ils le puissent abattre ».

Toujours combattre, sans qu'ils le puissent abattre... Remarquez la merveille de style, et puis de la vérité humaine! Notre défaut dominant, on n'arrive jamais à l'abattre mais on peut toujours le combattre.
« ...ils le peuvent affaiblir, mais non pas l'anéantir ».

Que de vérités humaines! Affaiblir peu à peu notre défaut dominant, mais savoir qu'on ne peut pas l'anéantir... Et François de Sales va jusqu'à dire:
« il ne meurt jamais qu'avec nous, et vit toujours avec nous ».

Et ça n'empêche pas la miséricorde; et c'est pourquoi il conclut:
« Remarquez encore que si notre Seigneur permet ses cruelles révoltes en l'homme (car c'est cruel, ce n'est pas drôle d'avoir un Philistin en soi),  ...ce n'est pas toujours pour le punir de quelque péché, mais c'est pour manifestée la force et vertu de l'assistance et grâce divine; et remarquez enfin que non seulement nous ne devons pas nous inquiéter en nos tentations ni en nos infirmités, mais nous devons nous glorifier d'être infirmes, afin que la vertu divine paraisse en nous, en soutenant notre faiblesse contre l'effort de la suggestion et tentation ».

Voilà. Pour conclure, c'est une méditation sur l'ami fidèle . François de Sales conseille, pour essayer de bien mener sa vie dévote, donc pour lutter contre son Philistin, d'avoir un ami fidèle. Et la description qu'il fait de l'ami fidèle est une description formidable de Don Bosco.
« L'ami fidèle, c'est un médicament de vie, d'immortalité; ceux qui craignent Dieu le trouvent Ces divines paroles regardent principalement l'immortalité, comme vous voyez, pour laquelle il faut sur toutes choses avoir cet ami fidèle qui guide nos actions par ses avis et conseils, et par ce moyen nous garantit des embûches et tromperies du malin. » (page 25)

Voilà, Don Bosco sera pour nous
«...comme un trésor de sagesse en nos afflictions, tristesses, chutes...
le Christ et Don Bosco seront pour nous
...un médicament pour alléger et consoler nos cœurs dans les maladies spirituelles...
Le Christ et Don Bosco, à un autre titre bien sûr,
«quand il nous arrivera quelqu' infirmité, il empêchera qu'elle ne soit mortelle, car il nous en relèvera ».

Splendide portrait du Christ, et qui se termine pas cette phrase que vous n'avez pas dans votre texte, que je vous lis, ce sera le mot de la fin:

« Je vous le dis, demandez cet ami à Dieu; et, l'ayant obtenu, bénissez sa divine Majesté. N'en cherchez point d'autre, mais allez simplement, humblement; car alors vous ferez un très heureux voyage.»

Eh bien, je vous souhaite un voyage dans la sainteté.


X. Thévenot, 31 mai 1993.

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