Jean BOSCO... "Au service des Jeunes".


Jean, François et les autres...

" Vous vous appellerez salésiens, mes enfants". Quand Don Bosco, en 1864, réunit les quelques jeunes qui vont être le premier noyau de sa société religieuse, cette appellation en référence à François de Sales n'est pas improvisée. On pourrait l'expliquer tout simplement par l'origine commune des deux hommes: ils étaient nés à deux siècles d'intervalle dans le Duché de Savoie qui ne devint officiellement français qu'à partir du Traité de Turin en 1860 et où François de Sales était évidemment connu et vénéré. Mais les faits prouvent qu'il s'est agi d'un attachement plus profond et déjà ancien de Jean Bosco pour le saint savoyard. Dès le grand Séminaire, il avait été attiré par la spiritualité de l'évêque de Genève, comme en témoigne cette résolution de sa retraite sacerdotale: "Que la douceur et la charité de saint François de Sales me guident en toute chose". Sa première église, en 1852, c'est à lui qu'il la dédie, ainsi que son premier "patronage". Et la devise qu'il fera celle des salésiens lui vient encore de François: "Donnez-moi des âmes, gardez le reste". Manifestement, Jean Bosco se sentait proche de son illustre prédécesseur et si l'humble prêtre des Becchi regarde vers un Evêque, un écrivain de talent, c'est qu'il s'est senti proche de lui, qu'il a reconnu en lui des affinités, ils ont dans leur travail apostolique, un même feu et une même approche des âmes.

Un même feu les brûle

Au centre de l'esprit salésien, comme une source d'énergie, il y a cette passion des âmes qui explique tout: tout ce qu'un homme peut entreprendre, supporter et espérer. Ce souci des âmes, chez Don Bosco comme chez François de Sales, s'origine dans une passion plus profonde: l'amour de Dieu, le désir d'étendre le Règne de Dieu. Depuis Jésus-Christ, chacun à leur façon, les Apôtres ont été des conquérants enthousiastes qui se sont donnés à fond, sans compter et jusqu'au bout.

Pas étonnant que Don Bosco soit à la fois fondateur de Congrégations (salésiens et salésiennes), homme de presse (encore un trait commun avec François de Sales), bâtisseur d'églises et d'écoles; que, malgré des occupations accablantes, il soit disponible aux appels du Pape et, plus encore, à ceux des jeunes les plus miséreux; qu'il en oublie de manger et de dormir; qu'il balaie les règles de la prudence humaine au point de passer pour un fou; qu'il supporte l'incompréhension, l'injustice, l'humiliation - toujours parce qu'il s'agit du bien des âmes; qu'il s'use jusqu'à la corde. Pas étonnant non plus qu'il ne cède jamais au découragement: il est au service d'un Dieu fort et il fait confiance aussi aux hommes - jeunes inclus - croyant en leurs ressources naturelles et spirituelles; là Don Bosco s'inspire particulièrement de l'humanisme optimiste de François de Sales. Tous deux sont des champions de l'espérance et de la joie.

Une même approche des âmes

La réussite de l'apostolat de François de Sales en Chablais a tenu surtout en sa "suavité", en son art de s'adapter aux personnes et aux circonstances. "On ne prend pas des mouches avec du vinaigre". Cette douceur, ce tact, cette délicatesse ne sont pas pure politique. Elles résultent d'un véritable amour pour les hommes et "rien ne réussit sans amour". Là aussi est tout le secret de Don Bosco: il aime les jeunes et il veut s'en faire aimer. Pas pour s'arrêter à lui, éducateur, mais "pour leur faire aimer Dieu". L'apôtre est un tremplin qui fait monter plus haut. L'esprit salésien sera donc un esprit de famille; la méthode salésienne fera appel à la confiance, au cœur, à la liberté.

C'est un soir de mai 1862. Comme il le fait tous les jours, Don Bosco adresse un dernier mot aux adolescents du Valdocco avant le coucher: "je veux vous dire une chose très importante: il faut que vous m'aidiez dans une entreprise qui me tient à cœur: sauver votre âme... Mais sans votre aide, je ne puis rien faire. j'ai besoin que nous nous mettions d'accord et qu'entre vous et moi s'établisse une véritable amitié et une vraie confiance". Ainsi Don Bosco sollicite le cœur, appelle l'adhésion du jeune. Il donnera aux salésiens et salésiennes cette consigne: créer un climat d'affection, une atmosphère familiale non pour gagner des jeunes à soi - ce n'est qu'une étape - mais pour les amener au Christ; ils devront sentir que les éducateurs salésiens les aiment et veulent leur véritable intérêt. C'est une pédagogie difficile, délicate, qui exige une présence continue auprès des jeunes et laisse peu de repos... Mais existe-t-il une éducation - même familiale - qui ne demande cette ascèse ?

Jean Bosco, parmi ces jeunes, avait fait le choix des pauvres, peut-être d'abord parce qu'ils sont le plus aimés de Dieu et les plus proches d'une situation qu'il avait connue - ce sont des frères de misère -, mais aussi parce qu'ils sont les plus démunis, souvent privés de moyens normaux d'existence, plus souvent encore sevrés d'affection. La pédagogie salésienne, faite d'attention et de respect, leur rendra courage et espérance.

François de Sales, Jean Bosco... des saints! Tous deux ont été tout près de Dieu, mais aussi tout près des autres. Tous deux ont été des messagers de l'amour réel de Dieu pour les hommes, pour tous sans distinction. Tous deux ont donné du Christ un visage souriant et fraternel. C'est l'Evangile. C'est la Bonne Nouvelle.

Georges Lairesse, s.d.b.



A grands traits, JEAN BOSCO

Jean Bosco est né aux Becchi, petit village près de Turin, le 16août 1815. Les temps étaient rudes, la famille Bosco très pauvre et Jean connaît une dure enfance. Il manifeste vite un tempérament de chef et d'apôtre; il sait ce qu'il veut: très tôt il choisit d'être prêtre "pour faire aimer Dieu" et son objectif est déjà défini: "je consacrerai ma vie aux enfants. .je les aimerai et m'en ferai aimer. Je me dépenserai sans mesure pour eux".

Il devient prêtre" à coups de main, à grands coups de bienfaits dont il faut avaler l'amertume". (A. Garnier) Mais ce peu de moyens, quelle expérience pour s'occuper des jeunes qui ont le plus besoin de lui: des garçons pauvres qui montent à Turin en quête de travail et de pain. Il leur fournira d'abord ce pain matériel et le moyen de le gagner en leur mettant en mains des métiers. C'est alors que la valse de sa vie entièrement donnée commence: les jeunes affluent et Don Bosco va devoir construire, courir après l'argent et, pour pouvoir tenir, agrandir, servir mieux, susciter des collaborateurs. Il a pour lui le sens des réalités, du courage, une foi qui appelle le miracle, une charité contagieuse et, à l'avant-plan, l'essentiel que jamais il n'oublie, la raison profonde de son dynamisme, sa vocation: conduire les jeunes à Dieu, en faire des hommes et des chrétiens.

Au soir de sa vie - il meurt en 1888 - il aura des milliers de collaborateurs, religieux et laïcs, hommes et femmes, en Italie et au-delà... et déjà dans les missions puisque, là aussi, il y a des âmes à sauver. Une vie mangée par le travail, l'action, les soucis financiers, des déboires et des luttes: où est l'homme de Dieu en tout cela ? Pie XI qui l'a canonisé en 1934 a percé l'âme de Don Bosco et compris le fondement de son activité prodigieuse, puisqu'il n'a pas hésité à le définir ainsi: "Don Bosco, c'est l'union à Dieu". C'est par Lui et pour Lui qu'il a tout fait, avec une aide précieuse: Marie, Secours des chrétiens, celle avec qui il a toujours marché la main dans la main. C'est le secret de sa réussite. Salésiens et salésiennes ne pourront pas autrement assurer sa succession.

APPEL AUX SALESIENS

"... Vous avez des collèges, des œuvres, des maisons, mais vous n'avez qu'un seul trésor: la pédagogie de Don Bosco. Risquez tout le reste, ce ne sont que des moyens, mais sauvez-la. Vingt ans de ministère dans la rééducation, m'oblige à vous dire: vous êtes responsables de ce trésor pour l'Eglise et pour le monde. Dans un monde où l'homme et l'enfant sont broyés, disséqués, triturés, classés, psychanalysés, où les enfants et les hommes servent de matières premières et de cobayes, le Seigneur vous a confié une pédagogie où triomphe le respect de l'enfant, de sa grandeur et de sa faiblesse, de sa dignité de fils de Dieu. Gardez-la renouvelée, rajeunie, enrichie des découvertes modernes, adaptée à ces gosses matraqués par le vingtième siècle et par des drames tels que Don Bosco n'en a pas vus. Mais gardez-la. Changez tout, perdez vos maisons: qu'importe! Mais gardez-nous, battant sous des milliers de poitrines, la façon de Don Bosco d'aimer et de sauver les gosses"

(le père Duvallet, premier collaborateur de l'abbé Pierre,
à de Jeunes Ordinands salésiens),