Une innovation contestée: tout par amour.


La Visitation Sainte-Marie est le seul Ordre fondé par saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantal.

Cependant ses Constitutions sont si empreintes de douceur, de modération, d'équilibre, que beaucoup de fondateurs de congrégations d' hommes et de femmes leur ont emprunté des extraits plus ou moins importants et ont voulu se nourrir de leur esprit. Ainsi se réalise le souhait du Fondateur:

"...J'ai été toujours de cet avis qu'il serait bon de faire imprimer les Règles et Constitutions, afin que plusieurs les voyants en pussent tirer quelque utilité. Plût à Dieu, mes chères sœurs, qu'il se trouvât beaucoup de gens qui les voulussent pratiquer, voire même des hommes: l'on verrait bientôt un grand changement en eux, qui réussirait à la gloire de Dieu et au salut de leurs âmes. Soyez grandement soigneuses de conserver l'esprit de la Visitation, mais non pas en sorte que ce soin vous empêche de le communiquer charitablement et avec simplicité au prochain, à chacun selon leur capacité.. et ne craignez pas qu'il se dissipe par cette communication, car la charité ne gâte rien, ainsi elle perfectionne toutes choses."


La Visitation Sainte-Marie

Un germe enfoui dans les montagnes

L'idée avait fait son chemin depuis longtemps dans son cœur de prêtre et de pasteur. Tant d'âmes pures et généreuses lui avaient confié leur désir de se retirer du monde pour vivre uniquement pour Dieu! Mais les grands Ordres monastiques étaient relâchés; les quelques monastères réformés pratiquaient des austérités inaccessibles au plus grand nombre…

"..Il lui arrivait de penser à un grand arbre qui étendrait ses branches par tout le monde, et dont la racine serait plantée bien bas, entre les montagnes... "

En silence, il attendait l'heure de Dieu.

Lorsque, le 5 mars 1604, il rencontra pour la première fois, à Dijon, Jeanne de Chantal, il comprend que Dieu lui envoie celle qui lui permettra de réaliser son dessein.

Le 28 mai 1610, il lui trace le sublime programme dans lequel leurs deux âmes seront unies à jamais: "0 ma Fille, que j'ai de désir que notre vie soit cachée, avec Jésus-Christ en Dieu. Quand vivrons-nous nous-mêmes, mais non pas nous-mêmes, et quand sera-ce que Jésus Christ vivra tout en nous ?"

Le 6 juin de la même année, Jeanne de Chantal et ses deux premières compagnes viennent s'enfermer dans la petite maison dite de la Galerie, au bord du lac d'Annecy. La Visitation est fondée.

Pas d'autre lien que l'Amour

Le but unique, primordial du Fondateur: "Donner à Dieu des âmes d'oraison et si intérieures qu'elles puissent le servir en esprit et en vérité".

Indépendant de tout, hors du bon plaisir de Dieu et du désir de procurer sa gloire, François de Sales ne craint pas d'innover profondément: - Il ne prétend pas fonder un grand Ordre, mais seulement une petite congrégation où il n'y aura "d'autre lien que l'amour de Dieu".

- Vivant très retirées, les sœurs pourront néanmoins sortir pour visiter les pauvres malades du proche voisinage: "Cet exercice fut plutôt ajouté, comme conforme à la dévotion de celles qui commencèrent cette congrégation, et à la qualité du lieu où elles étaient, que comme fin principale." Il ne sera pratiqué que par deux sœurs seulement, et quelques heures par jour.
- On pourra recevoir dans la maison, même pour plusieurs jours, les femmes qui auront besoin d'un peu de retraite.
- L'absence de grandes austérités corporelles renverse complètement l'idée que l'on se faisait alors de la perfection monastique, mais François ne dévalorisera pas, pour autant, la vie religieuse: il intériorisera les exigences de cette vie consacrée. Il sait à quel point l'Amour pénètre la moelle de l'âme généreuse toute livrée au Divin Vouloir.
- Enfin François met la petite communauté sous le patronage de Notre-Dame de la Visitation. Il aime ce mystère auquel il découvre "mille particularités pour l'esprit de, l'Institut", et "parce que c'est un mystère caché, non encore honoré dans l'Église."

Une attente de l'Église

Malgré les critiques, qui ne manquent pas, les vocations affluent, des fondations sont demandées. Il est évident que ce nouvel Institut répond à un besoin des âmes, à une attente de l'Eglise.

La fondation de Lyon (1615) est l'occasion pour François de Sales de réviser certains points importants de son projet: pour permettre l'expansion de l'Institut en France, il accepte de transformer sa petite congrégation en Ordre religieux formel, selon les lois du Concile de Trente, avec les vœux solennels et la clôture.

Pourtant il saura conserver intact ce qui, pour lui, est l'essentiel :

- Toutes les exigences d'une "vie cachée en Dieu",
- L'absence de grandes austérités inaccessibles aux santés moyennes.
- L'accueil des personnes désirant faire une retraite.

L'Ordre est approuvé définitivement en 1618.

Dès lors, c'est l'expansion rapide en France, en Savoie, en Italie: 13 monastères à la mort de François en 1622, 87 à celle de Jeanne de Chantal, en 1641.

Aujourd'hui

Aujourd'hui, comme hier, la vie d'une Visitandine est une vie toute simple, où la prière tient une très grande place: Oraison silencieuse, et offices liturgiques.

Dans la prière personnelle ou commune, dans le travail, le silence, comme dans la joie des moments de détente, une vie fraternelle intense unit tous les membres de la communauté.

Saint François de Sales a défini l'esprit qui devait animer ses filles: "C'est un esprit d'humilité envers Dieu et d'une grande douceur envers le prochain". Mais qu'on ne s'y trompe pas: la douceur dont il parle, c'est la vertu des forts. N'a-t-il pas loué, un jour en Jeanne de Chantal ce "cœur vigoureux, qui aime et qui veut puissamment" et, ajouta-t-il, "je lui en sais bon gré, car ces cœurs à demi-morts, à quoi sont-ils bons ?"

Des Foyers rayonnant de la Charité du Christ

Fidèles à leur Fondateur, qui, passionné pour les âmes, les engage, dès les premières lignes du Directoire spirituel, à offrir "toute leur vie pour l'Eglise et le salut du prochain", les Visitandines s'ouvrent, dans la spécificité de leur mission, et selon les nécessités des divers pays et milieux humains, au besoin de vérité et à la soif de Dieu du monde contemporain. Depuis Vatican II, elles ont intensifié l'accueil des retraitantes individuelles (pas plus de 5 en même temps), et aiment également partager leur prière liturgique, moment privilégié de leur rayonnement apostolique.

La Visitation compte actuellement 167 monastères, répartis dans quatre continents. Les deux jeunes monastères d'Afrique sont florissants. Les dernières fondations ont eu lieu en Inde en 1978, à Santo-Domingo en 1979, en Colombie et au Paraguay en 1981. Notamment les Monastères d'Amérique latine sont en pleine expansion.

Filles du Docteur de l'Amour et conscientes de la mission qui leur a été confiée à Paray-le-Monial, par l'intermédiaire de leur sœur, Sainte Marguerite-Marie, les Visitandines du monde entier veulent que chacun de leurs monastères demeure un foyer ardent d'où la Charité du Christ se répande dans les cœurs de tous les hommes.

Les sœurs de la Visitation d'Annecy